Un premier bilan

Une progression : 1999 vs 2010

 

Certainement qu'avant d'aller plus loin, puisque ce journal doit aussi me servir de maître-étalon dans ma progression, il convient de faire quelques bilans de celle-ci jusqu'à aujourd'hui. Car s'il n'y a pas de point de départ, comment calculer la distance parcourue ? 

Sans refaire un CV qui n'aurait aucun intérêt (mon CV martial est déjà dans la section "ma présentation" et il n'est pas plus intéressant que nombre de pratiquants de mon âge), je pense que ce sont les enseignements que je tire de ma progression qui peuvent être riches de petites leçons de vie. Qu'ai-je appris ces dernières années ?

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Tout d'abord, si je regarde les différentes écoles que j'ai suivies, je pourrais y voir un certain ecclectisme si je ne savais pas qu'en réalité, cela reflète  une longue hésitation, et une longue recherche de l'école qui me conviendrait le mieux. Et pour cela, il faut déjà se connaître soi-même, ce qui n'est pas évident quand on est enfant ou adolescent (bien que je ne crois pas que ce soit forcément lié à l'âge et que certains adultes ont toujours du mal à se positionner vis-à-vis d'eux même). En ce sens, ce parcours m'a permis de me connaître et de savoir ce qui m'attirait, ce qui ne m'attirait pas et, mieux puisque le monde n'est pas noir et blanc, de savoir dans quelle proportion j'aimais quelque-chose ou non. Il ne faut pas en déduire que je ne cherche plus à savoir qui je suis ou, autrement dit, que je sais parfaitement qui je suis. Mais plutôt que j'ai acquis une base solide autour de laquelle j'évolue. Pour en rester dans le domaine des Muye, il s'agit donc de comprendre sa personnalité martiale.

Pour cela, je me réfère au cinq principes de tout art martial, que les Coréens résument par Che/Gi/Sul/Ryak/Shim (le corps/l'énergie/la technique/la tactique/l'esprit ; 체기술략심 ; 體氣術略心). C'est en effet l'ensemble de ces paramètres qui définissent une école martiale, et par conséquent ses pratiquants. Je reviendrai dans des billets prochains sur chacune de ces cinq composantes car chacune recèle un univers entier. Disons d'ores et déjà que si vous vous analisez selon ces critères, l'art martial qui vous convient vous apparaîtra clairement ; et a contrario, si vous trouvez l'art martial qui vous convient, vous pourrez en déduire qui vous êtes, au moins du point de vue martial.

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La deuxième petite leçon de ce cheminement (et on comprend mieux la notion de Do, , quand on fait ce genre de bilan personnel), c'est la part de choix et de hasard qui entoure chaque vie. En effet, même si on joue le jeu du "Gnothi Seauton" (le "connais-toi toi-même" de Socrate) martial que j'ai décrit plus haut, il n'est pas dit qu'on puisse trouver chaussure à son pied pour autant. Et c'est là que se joue la réussite : une volonté et une chance. Cette chance peut prendre plusieurs formes : un déménagement, une rencontre, une intuition, ... Une conjonction heureuse qui échappe totalement à notre volonté. Prenant à titre d'exemple le Hapgido, on peut vouloir le pratiquer parce qu'il est exactement ce qu'on attend d'un art martial et ne pas avoir la chance d'avoir un Dojang à moins de 100 km, ce qui rend sa pratique impossible (au moins à un instant T).

Pour en revenir à moi, je pense pouvoir dire que j'ai bénéficié de beaucoup de chance jusqu'à maintenant. Tout n'a pas coulé de source, il y a une part de travail personnel non négligeable, j'ai fait quantité d'erreurs que j'ai corrigées, certes. Mais je n'en suis pas où j'en suis par mon seul fait. J'ai rencontré des gens formidables : des professeurs, des partenaires, des amis, de la famille, une épouse qui, tous, à leur manière, selon leurs moyens, parfois même à leur insu, m'ont fait progresser et m'ont ouvert des portes dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Je suis impatient de savoir de quelles autres chances je pourrai encore bénéficier !

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Enfin, troisième point, je viens de le mentionner, mon parcours a été l'opportunité d'ouvrir de nombreuses portes. Mon point de départ a été ce jour où j'ai poussé la porte d'un Dôjô de Jûdô : mon destin a basculé. Peut-être avait-il été orienté un peu avant par la vague culturelle japonaise de la fin des années 70, peut-être pas. Mais ce premier cours a donné une orientation définitive à ma vie. Cependant, ce début aurait pu en rester là, à savoir une activité physique et sportive, si ma curiosité et les conseils éclairants de professeurs éclairés ne m'avaient pas poussé à chercher "autre chose".

Car, on le dit souvent mais on s'en soucie finalement peu en général, un art martial n'est pas qu'une activité physique. C'est une culture. Et en m'y intéressant, j'ai découvert des pays, des langues, des philosophies, des pédagogies, des conceptions religieuses, ... Des aspects très "exotiques" par rapport à ma culture occidentale dont, plus je poussais l'étude, et plus je redécouvrais ma culture d'origine. Ce site n'existerait pas si je n'avais pas eu cette tendance à chercher toujours un peu plus loin à chaque fois.

D'autres que moi ont ouvert d'autres portes que je n'ai pas découvertes, les portes qu'on ouvre l'étant en fonction de la personnalité de chacun, et je ne pose pas mon parcours en exemple. Ce que je pense important par contre, c'est de ne pas se contenter de ce qu'on a ou du point où l'on est arrivé. Il convient de garder un esprit de progression constante, tout en ne négligeant jamais les bases. L'âge n'a rien à faire ici, on apprend toujours, toute expérience nouvelle ne peut être que bénéfique et constructive.

Et j'ai encore beaucoup à apprendre.

Commentaires (3)

1. Vinci 25/12/2012

Tres interessant. Cela donne vraiment envie dans savoir plus.
Je suis pratiquant de Hapkido JJK depuis 5 ans. J aime beaucoup cette art martial et sa pratique mais cela ne m empeche pas d avoir certaines interrogations. J ai 41 ans et je me demande si ce style d hapkido plutot dur m est toujours adapte. J ai plusieurs fois penser a arreter mais ma passion pour l hapkido a toujours ete plus forte jusqu a aujourd hui. Peut etre existe il un style plus souple et moins militaire. Je souhaiterais pouvoir continuer encore longtmps tant que mon corps me le permettra mais je me demande si cela ne passera pas par un changement d ecole.
Je pense etre encore en quete de moi-meme et merci a votre article qui aide a la reflexion.

2. François 28/12/2012

Merci pour votre réponse.

Effectivement le Hapkido jjk est très dynamique et direct et met en avant le travail en force et le cardio mais c'est aussi à ce prix qu'il est très efficace car il se place toujours en situation réelle d'agression.

Cependant à partir d'un certain âge les motivations dans la pratique d'un art martial évoluent et l'on ne recherche pas à 20 ans la même chose à 40 ans ou 50 ans. Et sur ce point je vous rejoins totalement.

Je ne manquerai pas d'en parler au professeur et de voir comment l'on peut aborder le hapkido jjk sur le long terme car ce qui est sûr c 'est que je souhaite pouvoir pratiquer le plus longtemps possible.

Il est vrai que l'on ne peut être que admiratif devant un Maître tel que Lee chang Soo et voir ce qu'il est encore capable de faire à son âge, 63 ans si je ne me trompe pas.

Comme quoi le Hapkido peut préserver la santé encore longtemps même s'il est pratiqué de façon intense. mais après tout dépend de la constitution de chacun.

Je vous remercie encore pour cette réflexion et vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année et une bonne pratique du hapkido.

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