Les techniques de santé dans les Muye ?

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"Prendre soin de soi et de l'autre"


La médecine traditionnelle chinoise (MTC, cor.= Hanui한의, 漢) couvre un nombre de disciplines et de spécialités très vaste et leur apprentissage est aussi long, sinon plus, que celui des Muye. Pour autant, il n'est pas rare de voir un spécialiste d'un Muye être aussi très avancé dans les MTC, et vice-versa. SI l'une et l'autre prennent chacun toute une vie à apprendre, comment concilier l'apprentissage des deux en même temps ? Y a-t-il des points communs entre techniques de santé et techniques de mort ? Quels bénéfices peut apporter l'apprentissage de la MTC à un Muyein ? Pour soi et pour les autres ?

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La MTC est composée de spécialités telles que la pharmacopée, l'acupuncture, les massages, les pratiques physiques et la diététique. Ces disciplines sont reliées entre elle par des concepts communs comme l'énergie vitale (Gi, 기, 氣) ou les Cinq Eléments (Ohaeng, 오행, 五行) par exemple. Leur objectif commun est aussi de rééquilibrer les manques et les excès dans le corps, ceux-ci étant les principaux facteurs favorisant la maladie.

La question de la santé est très tôt apparue dans les Muye. En effet, à quoi sert d'être très entraîné très durement si on ne peut se battre parce qu'on est malade ? A quoi bon savoir faire du mal aux autres si on ne peut pas faire de bien aux gens autour de soi ? Aussi, la santé, la prévention de la maladie et la gestion de son énergie sur le long terme est-elle devenue une question importante dans les Muye. Cette question de la santé se pose à deux niveaux : sa propre santé et celle d'autrui.

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1- la relation à soi

Il s'agit d'un travail en solitaire sur le long terme. Par défaut, celui-ci est souvent nommé le "perfectionnement énergétique" (Gigong, 기공, 氣功) mais on trouve aussi le terme coréen de Momdakksal (polissage du corps, 몸닦살), ou encore la forme de 1000 jours.

Ce travail passe d'abord par une gymnastique physique. Celle-ci a pour but de structurer le corps en mettant l'emphase sur le placement du bassin, de la colonne vertébrale et de la nuque, le dos étant considéré comme le tronc sur lequel les organes et les membres se greffent. La rectitude et la verticalité de la colonne sont des critères essentiels dans la MTC. Le deuxième but recherché est un relâchement-étirement musculaire total. En effet, le Gi est censé circuler dans tout le corps par le biais des chaînes tendino-musculaires. Si celles-ci sont trop tendues, à l'instar d'un coude dans un tuyau d'arrosage, elles freinent, voire bloquent la circulation énergétique, créant des déséquilibres dans les organes et donc des maladies. Un autre moyen de débloquer des chaînes tendino-musculaires passe par l'auto-massage. Celui-ci s'effectue dans l'ordre et dans le sens des méridiens définis par la MTC. Selon les besoins, ces massages peuvent s'effectuer de manière lente ou tonique. 

La seconde partie importante est ce que j'appellerai la "gestion des apports extérieurs", à savoir l'air, la nourriture et la lumière. En premier lieu, la pratique de la respiration est fondamentale en ce qu'elle conditionne, par son rythme et par son intensité, la détente ou la tonification musculaire, la légèreté ou la lourdeur corporelle, l'éloignement ou le rapprochement des membres, ... Les manières de respirer sont nombreuses, selon l'objectif choisi (explosivité, relaxation, ...). L'attention doit aussi se porter sur la nourriture et la boisson, la diététique ayant montré que les apports journaliers en constituants alimentaires variés (énergétiques ou pas) sont une des principales sources de santé et d'efficacité musculaire. La MTC a donc développé une méthodologie pour que le corps ait ce dont il a besoin quotidiennement tout en évitant des excès ou les manques. Cette méthodologie est la même qui est utilisée pour la pharmacopée chinoise. Enfin, la lumière du Soleil est aussi importante pour la santé (et notamment pour le moral), d'où il est recommandé de sortir en journée pour "s'aérer".

Enfin, la MTC propose un travail en sensation, en réceptivité. En effet, le lien entre Esprit et Corps (psychosoma) fait partie depuis longtemps des canons de la MTC. Puisque le corps communique ses besoins, il convient de savoir l'écouter en "tournant ses oreilles vers l'intérieur". Et, en sens inverse, le corps est aussi réceptif à l'état d'esprit du Muyein. Ainsi, des exercices de visualisation et de méditation doivent-ils être pratiqués, aussi bien pour avoir un Esprit calme, détendu et disponible ; que pour avoir une écoute des phénomènes se produisant dans son corps.

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2- la relation a l’autre

Prendre soin de soi est un préalable indispensable si l'on veut s'occuper des autres. En effet, comment faire du bien si on est dans un mauvais état ? Cette condition remplie, la relation aux autres offre de nouvelles perspectives aux Muyein, en ce que tout est directement transposable à la pratique martiale.

Le premier contact avec autrui dans la MTC passe par le diagnostic, qui fait appel à tous les sens : examens visuel, auditif et olfactif. Il permet de comprendre les manques et les excès d'énergie, les points de blocage, les besoins. La lecture de l'autre doit devenir un réflexe orientant les choix de soin. La connaissance de l'anatomie, des chaînes tendino-musculaires (méridiens, Gyeonrak, 경락, 經絡), des points sensibles (Geupso, 급소, 急所) et de leurs effets physiologiques sont la base de l'efficacité du soin. 

Le soin peut passer par l'une ou l'autre des spécialités de la MTC. Concernant le massage, que je connais mieux et qui a le plus de correspondance à mes yeux avec les Muye, les qualités requises pour un soin de qualité sont nombreuses. La manipulation passe par une "écoute digitale" du patient : le rythme de sa respiration, les zones chaudes et froides de sa peau, l'élasticité de ses muscles, ses pleins et ses vides d'énergie, ses réactions à mes mouvements, ... 

La qualite du toucher, et par conséquent du soin, est fonction de la bonne pression, de sa durée et du choix des Geupso choisis. Mais celle-ci devant être donnée sans force des bras pour éviter de transmettre de la tension inutilement au patient, un état détendu, le placement (distance, angle), l'utilisation du Danjeon et une respiration maîtrisée sont indispensable au bon praticien.

Enfin, sans rentrer dans les détails, la relation à l'autre passe aussi par la gestion des situations d'urgence : les arrêts respiratoires et cardiaques, les hémorragies, les réductions de fracture, ... Cela fait aussi partie de ce que doit savoir un praticien de MTC et, en tout état de cause, tout Muyein se devrait de passer au moins un brevet de secourisme- premiers soins.

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En conclusion, les points communs entre Muye et MTC sont nombreux, la différence se situant plus particulièrement dans l'intention : toucher un même point aura un effet curatif ou un effet destructif selon la force émise. Mais en dehors de cette considération, les autres facteurs, tels que le placement ou l'utilisation du Danjeon, restent identique. Ainsi, de mon expérience, pratiquer un massage apporte autant que la pratique en Dojang dans l'art de la manipulation et dans la maîtrise de son propre corps. 

En outre, la santé reste un enjeu majeur du Muyein et, au delà, rester à son optimum physique et mental est sinon un gage de victoire, au moins l'assurance de ne pas perdre du fait de sa propre négligence. Un combat est déjà extrêmement aléatoire : on ne peut en effet prédire les capacités de l'adversaire ou les circonstances du combat ; mais on peut au moins maîtriser les facteurs nous concernant et essayer de rester au top de nos capacités. Cela passe par la prévention et l'entretien de notre corps, et un entraînement régulier.

 

"La victoire, c'est la santé", Henry Salvador (ou presque)

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