Je hais les films d'Arts Martiaux !

Affiche du festival des films d'arts martiaux, KOFA 2008

 

Je viens de visionner un film coréen d'arts martiaux (AM), que je ne nommerai pas ici parce qu'il n'en vaut pas les pixels sur votre écran. Que dire ? Affligeant du début à la fin... Et pourtant, je suis bon public, cherchant les qualités cachées telles des pépites au milieu du sable ordinaire. Mais, si encore c'était le seul qui soit raté ainsi, je me dirais que je n'ai pas eu de chance et je me tournerais vers un autre pour l'oublier aussi sec. Le problème, c'est que la médiocrité de ce film n'est pas une exception, il est même tout à fait dans la norme... Ah, la liste des récriminations risque d'être longue. Je pense être d'ordinaire équilibré dans mes critiques mais, là, j'ai comme envie de me lâcher un peu sur ce pauvre 7ème Art Cool Par quoi commencer ? Acteurs, scénarii, chorégraphies ? 

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Commençons par les acteurs : alors, la plupart du temps, nous avons le droit soit des "champions" n'ayant aucune expérience du jeu d'acteur, soit à des acteurs n'ayant aucune expérience en matière d'AM. Les premiers (Jet LEE, Steven SEAGAL, Benny URQUIDEZ, ...) mettent en avant leur personnalité (sic), leur école, leurs titres, ... Pour la seconde catégorie d'acteurs, on passe des acteurs reconnus (Mel GIBSON dans les "Armes Fatales", Cameron DIAZ et Drew BARRYMORE dans les "Drôles de Dames", ...) ou des bimbos. On se dit qu'avec un montage plus ou moins hâché ou avec une musique bien dynamique, leur inexpérience passera inaperçue. Or, ça ne passe pas : la mollesse affligeante, les erreurs de placement, les techniques approximatives, l'expression de l'intention, tout ça, ça se voit dès qu'on a un peu l'oeil. Du coup, soit on a des scènes martiales à peu près crédibles mais des scènes scénaristiques risibles ; ou bien le contraire...

Le côté drôle avec ces acteurs, c'est leur exhibitionnisme (à moins qu'il ne s'agisse du côté voyeur du réalisateur) : pourquoi à un moment doit-on les voir torse nu ? Ah, qu'il est viril, le bodybuildé ; ah, qu'elle est bonne, la guerrière ! Je comprends parfaitement pourquoi les méchants se sentent obligés de taillader leur chemise avant de les tuer : pour mater leur corps parfait, bien entendu !

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Les scenarii, parlons-en : je m'excuse par avance pour la comparaison, mais leur structure narrative me fait penser à celui des films dits "pour adultes", si vous me suivez. Qu'on juge : uniquement des morceaux de «bravoure» entrecoupés de quelques plans scénaristiques dont on se moque complètement, puisque leur but est simplement d'amener plus ou moins finement la prochaine «scène d’action». C’est dire si c’est intéressant… En général, l’AM ne rentre pas dans le cadre de l’histoire, c’est à l’histoire d’entrer dans le cadre de l’AM vedette ! Ce qui est un comble puisque l'AM et le personnage principal ne sont plus simplement un élément du scénario, mais le centre du film lui même. Tout le reste n'existe que pour les mettre en valeur (personnages secondaires, décors, éléments scénaristiques, ...).

Notamment, ces films se déroulent dans des univers qui ressemblent à des fantasmes d’ado (d’où ma comparaison avec une certaine catégorie de films qui aident les mâles à se débarassr d'une partie de leurs hormones en excédent) : époques "héroïques" et "chevaleresques", mondes post-apocalyptiques où les armes à feu ont miraculeusement disparues, villes contemporaines où les policiers sont en réalité des "super cops" qui font face à des abrutis uniquement armés de couteaux et de battes de baseball, ... Bref, des mondes où les chorégraphies martiales peuvent exprimer leur inanité sans craindre de se prendre une balle perdue.

Enfin, pour on ne sait quelle raison, même dans des univers qui se veulent réalistes, le héros peut effectuer des prodiges tels qu’éviter les balles, devenir invisible, sauter à des hauteurs pas possibles, … Pourquoi rajouter des "pouvoirs" aux AM ? La pratique "ordinaire" n'est-elle pas capable d'apporter des éléments propres à donner un film suffisamment spectaculaire ? Ou bien le scénariste se trouve-t-il confronté à la limite de l'AM, qui ne rend personne invincible, surtout pas face à une arme à feu, et se sent obligé de "trafiquer" la réalité pour tout de même mettre l'AM en avant ? Je trouve ça dommage car les AM tels qu'ils sont, sans avoir à les déformer, sont déjà propres à intéresser les cinéphiles. 

Qu'on ne se trompe pas ici, ces travers se retrouvent quelle que soit l'origine du film : américain, coréen, chinois, hongkongais, japonais, thailandais, ... Ce n'est donc pas toujours de fantasmes d'Occidentaux dont il est question ici, ces fantasmes d'invincibilité et de surnaturel sont universellement partagés. C'est à se demander si on vit bien dans le même monde que les scénaristes et les réalisateurs... Ceci dit, petite exception, j'ai une dent particulière contre les fims américains en ce qu'ils sont les champions des images d'épinales et du mixage culturel : ça ne les dérange nullement de voir dans un film un Coréen prétendre être un Ninja qui pratique la chaîne à 18 sections du Wushu chinois (et dont le maître devient invisible à la fin ; sauras-tu deviner, lecteur, de quel film il s'agit ?)...

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Last but not least : les chorégraphies qui sont souvent pitoyables. Que peut-on y voir ? Principalement, c'est l'utilisation abusive de techniques les plus spectaculaires (et donc les plus fatigantes) par nos héros, ce qui en fait à mes yeux des êtres surhumains. Si Superman pratique les AM, ça n'a aucun intérêt et, surtout, ça tue le suspens ou l'identification pour le spectateur. Les techniques choisies, toutes plus irréalistes les unes que les autres, n'ont pour autre but qu'en mettre plein la vue, sans soucis de leur faisabilité. Vraiment dommage de privilégier ainsi l'esthétique au prix d'un certain réalisme...

Les trucages ont aussi leur part dans la mauvaise qualité de ces films. L’utilisation de câbles donnent une légèreté surhumaine aux personnages, leur permettant de sauter d'un salto avant au dessus de son adversaire ou de grimper aux murs (voire aux plafonds). Les câbles aident aussi à donner une idée fausse de la puissance des coups en propulsant les adversaires à 10 mètres en arrière (le cascadeur étant là aussi tiré par un câble). Les ralentis et surtout les accélérations de pellicules sont aussi particulièrement drôles (ou tristes, selon le point de vue) car le problème, c'est que ça se voit du fait du manque de naturel des mouvements !

Souvent le sens tactique aussi est absent et, si c'est plutôt la faute au scénariste, je reproche au chorégraphe de ne pas corriger ce problème scénaristique par des choix ayant un certain réalisme. Ainsi, le héros attaque de front et à mains nues, des armées de Thugs… Ou bien des Ninja contemporains n’hésitent pas à garder coûte que coût leur «tradition» de tuer au sabre, quand leurs ennemis, gangsters ou policiers, sont tous équipés d’armes à feu. Je veux bien qu'on parle de Tradition, mais un AM qui n'évolue pas pour s'adapter aux menaces contemporaines ne survit pas longtemps ! Aussi j'aurais bien voulu que les chorégraphes adaptent un peu l'arsenal de leur héros à ce qui l'attend en face. Alors, quand je vois ledit héros charger ses adversaires sans plan, sans préparation aucune, juste avec sa b... et son couteau, je ne peux m'empêcher de souhaiter qu'il se fasse juste massacrer (ce qui, évidemment, n'arrive pas puisqu'il est le plus fort).

Les combats contre 50 adversaires sont aussi très amusants : heureusement, notre héros est toujours capable du «un coup, un KO» (sauf sur le chef des méchants, faudrait pas qu'il perde trop vite, sinon notre héros et son AM ne serait pas suffisamment mis en valeur !), peut encaisser aussi les coups quasiment sans broncher ; et les malheureux adversaires sont trop crétins pour attaquer en même temps, le "un contre un" semblant la règle d'honneur des bandits... Réalisme de la chorégraphie, quand tu nous tiens...

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En conclusion, la plupart des films d’arts martiaux sont des déceptions pour moi. De vrais nanards puissants et virils, des scenarii invraisemblables, prétextes uniquement à introduire les chorégraphies martiales, des acteurs pauvres, et pire : des scènes de combat pas du tout crédibles. Que demander de plus pour éviter autant que possible ce genre cinématographique ? 

Ce que je trouve aussi de plus attristant, c'est que ce genre de production dessert plus les AM qu'elle n'en fait la promotion. Car les spectateurs, voyant cela, ne donnent aucun crédit au film, et par conséquent aucun crédit aux AM non plus. Ou alors, on voit débaquer au Dojang des gens prenant leurs désirs pour des réalités et repartent plein de désillusions. Les images d'Epinal ont la vie dure...

Bien sûr, il y a des films martiaux qui resteront pour moi des références pour toujours. C'est juste dommage qu'ils se comptent sur les doigts des deux mains... Mais ça fera peut-être l'objet d'un autre billet, à suivre doncClin d'œil

Commentaires (1)

1. inspecteurmumbly 18/07/2011

Bonsoir David
oui j'attends tes traductions si tu as moyen de m'envoyer cela avant septembre se serait très cool. après je ne connais pas ton emploi du temps...
sinon au junk ki kwan il y a comme cours proposés : guhapdo, kumdo et hapkido, presque zero kumdo et une petite dominante du hapkido je crois mais qd pas mal de pratiquant de guhapdo et en effet cela n'a rien à voir (pour ceux qui lisent et ne connaitrait pas le guhapdo est identique au iaido japonais).
à bientôt
peace, oliv.

ps : au plaisir d'une rencontre je te dirais pourquoi Lim hyun-so n'a pas été nommé 3ème dojunim (de ce qu'il m'a dit), mais quand au style il annonce avec fierté enseigné exactement comme CHOE, c'est même un leitmotiv "this is original DJN technics", ah, ah

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