La culture dans les Muye ?

Pour la plupart d'entre nous, un Muye, c'est se rendre au Dojang, s'habiller d'un Dobok et pratiquer des techniques. C'est aussi la première raison qui m'a fait aimer les Muye : la pratique. Se contenter de cela est parfaitement suffisant et respectable. Car ce qui est important, ce sont les apports du travail en Dojang : apprendre à se défendre, avoir une bonne constitution et une bonne santé, ... 

Alors, quand on parle de culture des Muye, il s'agit bien évidemment d'à côtés qui n'apportent rien de concret à la pratique. De prime abord...

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Il y a de nombreuses définitions de la Culture, selon que cela soit d'un point de vue sociologique, éthologique, historique, ... Je m'intéresserai ici à l'aspect des connaissances qui sont issues ou qui ont influencé les Muye, constituant en cela une subculture bien spécifique. Cela concerne des domaines aussi variés que l'Histoire, les Religions, les Philosophies, les Arts, les Sciences, les langues, ... Pour être plus spécifique tout en n'étant pas exhaustif, il s'agit aussi bien de connaître (ou en tous cas, de s'attacher à connaître) l'Histoire de Corée, les personnages historiques importants, les batailles remarquables, les Bouddhismes, les Taoismes, les Chamanismes, les Confucianismes, les peintures, les musiques, les architectures, les sculptures, la métallurgie, la menuiserie, la chimie, la psychologie, la langue moderne, la langue ancienne, les Hanja, ... La liste peut paraître longue, mais elle l'est encore plus au fur et à mesure qu'on entre dedans. Voire même infinie...

Bien évidemment, il n'est pas demandé aux pratiquants de connaître tout cela. Car la bonne question à se poser, c'est : "qu'est-ce que tout cela peut m'apporter ?" Et là, cela dépend des objectifs personnels de tout un chacun. Me concernant, mes débuts dans la pratique des Muye ont été motivés par mon mariage et, ce faisant, je m'étais fortement intéressé à la culture du pays dont est originaire mon épouse : la Corée. C'est donc avec la double motivation de la pratique et de l'apprentissage de la culture de ce pays que je me suis lancé dans le Hapgido.

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Mais la Culture, comme la pratique, ne trouve son intérêt que dans ses côtés pratiques, voire pragmatiques. Car, en effet, à quoi sert de savoir ou de pouvoir faire quelque-chose qui ne soit jamais utile ? En tous cas, pour ma part, je ne conçois pas de faire des choses inutiles (ou pas amusantes), mon temps sur Terre étant trop court.  Mais alors, comment ça s'utilise, la Culture des Muye ?

- Le premier point que je ressens comme fondamental, c'est de comprendre comment le Muye que je pratique est parvenu jusqu'à moi. En effet, un Muye n'est pas, contrairement à ce qu'on pense communément, la création d'une seule personne : c'est le résultat d'une longue maturation, passée de mains en mains pendant des générations d'enseignants dans le cadre d'un pays ayant subi des influences étrangères. Et si l'on ne comprend pas toutes ces influences, on ne comprend pas les points forts, les points faibles, les potentiels et les limitations de son Muye : on prend pour argent comptant ce qu'on nous enseigne  sans possibilité de prendre de recul. Or, dans le monde du combat, prendre du recul est indispensable, c'est ce qui permet une meilleure capacité d'adaptation dans un monde qui est en perpétuellement changement. A titre d'exemple, le Hapgido des années 60 en Corée correspondait à un besoin d'un pays en reconstruction après une guerre fratricide et destructrice. De nos jours, en France, le Hapgido est une réponse à un besoin différent : celui d'une société plus sûre, certes, mais présentant aussi des risques d'une nature différente. 50 ans et 10 000 kilomètres séparent ces deux Hapgido et, malgré cela, les principes restent les mêmes : mêmes techniques, même pédagogie (à quelques iotas près). Or, si la base reste la même, c'est au pratiquant qu'il incombe le devoir de l'adapter à ses besoins. Et, sans ce recul qu'apporte la Culture, il lui manque alors un point de comparaison que j'estime important.

- Le deuxième point est l'envie du retour aux sources. Comme je l'ai dit, les Muye sont le résultat d'une longue maturation. La forme sous laquelle j'apprend un Muye est le résultat du passage d'un programme d'un professeur à un professeur à un autre professeur et ainsi de suite. Chacun y apportant sa part de personnalité et d'expériences, le résultat devant mes yeux doit être bien différent de sa forme "originelle". Etant moi-même une feuille d'une brindille, issue d'une branche, ..., issue d'un tronc, il peut être intéressant de vouloir connaître mes racines. Cela est plus prégnant quand on est un français du XXIème siècle, donc très loin de sa source coréenne.

On pourrait discuter du bien-fondé d'un retour aux sources (et je le ferai certainement dans un prochain billet), mais si ce désir se fait jour, cela veut dire aller en Corée et y rencontrer des professeurs. Or, les Coréens, et les Coréens âgés en particulier, sans être spécialement racistes, "craignent" les étrangers  : peur de la communication en anglais, peur de l'incompréhension, peur d'un esprit supposément de compétition et de recherche du gain souvent prêté aux "Blancs", etc. Avec une volonté la plus pure du Monde, on peut donc trouver porte close. C'est là que votre Culture des Muye peut faire une différence et vous faire accepter dans un Dojang, en parlant le même langage (et je ne parle pas que de la langue) qu'eux.

- Enfin, troisième point, même s'il s'agit plus d'une incidence : tout comme on dit que l'appétit vient en mangeant, la curiosité vient avec la Culture. Plus on en apprend, plus on a envie d'en savoir. Se cultiver est donc un moyen d'aiguiser sa relation au monde, de sans cesse renouveler un émerveillement face à la complexité et à la richesse de ce qui nous entoure. Cela en fait un remède contre l'ennui et le blasement que l'on peut connaître, entourés que nous sommes d'informations vides de sens. Un moyen de se réconcilier avec la Vie. Et plus particulièrement, un moyen de ne jamais s'ennuyer dans sa pratique des Muye.

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Il n'y a pas de bonne et de mauvaise pratique dans l'absolu, tout dépendant des objectifs de chacun. Dans notre société actuelle, la pratique des Muye est plus souvent une activité de loisir qui prend quelques heures par semaine. Et tout le monde n'a pas envie de tout savoir sur eux, leur centres d'intérêts se portant sur d'autres choses (leur famille, Facebook, les jeux vidéos, ...). La Culture liée aux Muye ne les intéressera pas et cela n'altèrera en rien la qualité de leur pratique. Ceci n'est pas du tout critiquable. Mais, pour les autres qui souhaitent aller plus loin, alors, oui, la Culture n'est pas nécessaire dans leur pratique, mais elle est juste indispensable à leur appropriation de ce Muye.

Commentaires (5)

1. 11/02/2011

Je découvre et lis l'ensemble de tes réflexions et y prend beaucoup de plaisir. On sent bien la passion qui t'anime. Passion somme toute transmissible puisque plus je te lis et plus j'ai envie d'en savoir.
Des questions me viendront sans doute au fil de mes lectures. Je me réserve donc le temps d'approfondir la connaissance de ton blog avant de satisfaire ma curiosité du savoir que tu as pu accumulé.
Merci encore pour ce blog très bien construit. Je penses qu'il est riche pour les jeunes pratiquants comme moi, avides de connaître un peu plus l'origine de leur pratique.

2. dconstant (site web) 11/02/2011

Merci, Sylvain, pour ton message qui m'encourage à continuer sur ma voie. Même si tu restes le dernier lecteur de ce site, je continuerai rien que pour tes yeux !

J'attends tes questions, quand tu seras prêt à les poser. Pour autant, je n'ai pas la science infuse (mais plutôt diffuse), aussi ne prends pas mes réponses pour argent comptant : j'espère que tu apporteras aussi ta réflexion et que des débats auront aussi lieu entre nous. A+

3. 12/02/2011

Le problème des débutants comme moi, est de s'y retrouver dans la masse d'informations en rapport avec notre pratique. Que ce soit Jérôme, François ou toi, vous m'apportez tous à votre manière un nombre précieux d'information. Mais il est vrai que quelque fois, je peux me sentir un peu perdu dans les thermes utilisés ou les comparaisons avec d'autres AM qui me sont inconnus (c'est à dire globalement tous )
Allez, je me lance, première question perso (peut être pas postée au bon endroit mais je sais que tu la regarderas)
Existe t'il une sorte d'arbre généalogique du Hapgido en partant du Maitre, puis ses élèves et les différentes écoles qui en sont issues, pour replacer tout ça dans un contexte plus proche qu'est la France.
Je vais biensur faire des recheches de mon côté puisque je suis en vacances cette semaine (tu n'auras donc pas l'occasion de me tordre dans tous les sens(pour mon bien s'entend ))
A bientot David et surtout ne change rien, c'est parfait

4. 12/02/2011

Pour répondre à ta question, c'est un peu complexe dès qu'on rentre dans les détails. Mais tu trouveras des éléments de réponse à cette adresse (http://hapkido-france.allgoo.net/t101-les-eleves-directsde-choe-yeong-sul) pour les élèves de CHOE Yong-Sul, cette adresse (http://www.allmartialarts.com/KIXCO/History/history/map.htm)pour un arbre généalogique (à prendre avec précaution)et ici(http://www.sinmoohapkido.be/Hapkido%20Family%20Tree.htm) pour le Shinmu Hapgido. Ca permettra de te faire les dents pendant un temps

5. 12/02/2011

Quelle réactivité . Merci pour ces liens que je vais parcourir pendant les vacances en même temps que mes notes prises au Dojang car l'échéance approche et je ne me sens pas aussi "à l'aise" que l'an dernier.

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