Daitô-ryû et la Corée

(Une fois n'est pas coutume, je voudrais faire ici un article sur le Daitô-ryû, une école japonaise certes, mais qui a eu une influence énorme sur beaucoup d'écoles coréennes : Hapgido en premier lieu, Hwarangdo, Hangido, Hanmudo, Hoejeon Musul et tant d'autres. Connaître cette école devrait éclaircir sensiblement la vision des Muye post-Seconde Guerre Mondiale. Un autre article s'intéressera à la personne de TAKEDA Sôkaku, le Maître de cette école, qui aurait enseigné son art à CHOE Yong-Sul, l'un des fondateurs du Hapgido)

  

Au delà de l’influence qu’il a pu avoir sur le Hapgido et les Muye coréens en général, le Daitô-ryû (大東流, l'Ecole du Grand Est / Orient) est aussi l’une des écoles ayant eu la plus grande influence sur l’évolution des Shin-Budô japonais. De nombreuses écoles sont nées grâce à l’enseignement direct de TAKEDA Sôkaku et bien d’autres sont nées de ces mêmes écoles. Beaucoup d’entre elles sont très connues et pratiquées à l’étranger, et notamment en France.

  

Une Histoire


Le Daitô-ryû fait remonter ses origines à MINAMOTO no Yoshimitsu ( 義光,, 1045-1127 ; cor. : WON Eui-Gwang), aussi nommé SHINRA Saburô Yoshimitsu (新羅 義光, notez que les idéogrammes du nom de famille font clairement référence au Royaume de Shilla), membre d’une famille majeure de l’Histoire du Japon, sabreur, archer et cavalier émérite. L’on dit qu’il avait l’habitude d’étudier l’anatomie et de tester ses techniques sur les corps de ses victimes ou de condamnés à mort afin d’améliorer l’art familial. L’un de ses fils, à l'occasion d’un changement de fief dans la province de Kai (l'actuelle province de Yamanashi) en 1087, changea le nom de famille en TAKEDA (武田). L’art familial, qui s’appelait alors Oshiki Uchi (), se transmit de génération en génération dans ce clan. Puis, de nouveau, le clan partira dans la région d’Aizu à la fin du 16ème siècle. A partir de là, la famille TAKEDA n’enseignera son art qu’aux Seigneurs de cette province, la famille Satsuma. En 1868, la révolution Meiji vit la fin des Samurai (guerrier servant un Seigneur) en tant que classe dirigeante du Japon et marqua, par là même, une évolution majeure dans les arts martiaux japonais (création des Dô, enseignement hors des clans militaires, spécialisations, etc.).

 

Le Daitô-ryû au Japon

TAKEDA Sokaku

A la mort de TAKEDA Sokaku, le Daitô-ryû se scinda en de nombreux courants, chacun se réclamant héritier de l’enseignement du Maître défunt. Les branches principales en sont :

- Tokimune-ha : il s’agit de la branche officiellement détentrice de l’héritage de TAKEDA Sokaku, sous l’égide de son troisième fils TAKEDA Tokimune (武田 時宗, 1916-1993), devenu son successeur en 1943. A la mort de ce dernier, la branche fut reprise de manière non officielle par KONDO Katsuyuki.(近藤 勝之)

- Hisa-ha : suivent la ligne de HISA Takuma (久 琢磨, 1896-1980)

- Horikawa-ha : suivent la ligne de HORIKAWA Kondo (堀川 幸道, 1894-1980)

 - Sagawa-ha : suivent la ligne de SAGAWA Yukyioshi (佐川 幸義, 1902-1998)

Le Daitô-ryû donna naissance aussi aux écoles mondialement connues que sont l'Aikidô (合気道, les idéogrammes sont identiques à ceux utilisés pour "Hapgido") de UESHIBA Morihei (植芝 盛平, 1883-1969) et le Hakkô-ryû () de OKUYAMA Ryûhô (奥山 龍峰, 1901-1986).

 

Le Daitô-ryû en Corée

JANG In-Mok

Le Daitô-ryû fut apporté en Corée dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale par CHOE Yong-Sul (최용술). Malheureusement, le fait qu'il ait perdu ses bagages avec ses diplomes à l'intérieur porte l'affiration précédente à polémique. Cependant, M. FUKUOKA, un étudiant avancé en Daitô-ryû Aiki Jûjutsu, visita le Dojang de KIM Yun-Sang (김윤상), actuel dirigeant du Yongsul-gwan Hapgiyusul, qui avait étudié pendant 30 ans sous le professeur CHOE Yong-Sul. Il déclara dans un article dans le magazine martial "Hiden" que ce qu'il avait vu avait tout à fait sûrement des racines dans le Daitô-ryû. Ce qui semble accréditer que ce que le professeur CHOE avait ramené du Japon en Corée était bel et bien ce qu'il avait prétendu.

Mais le professeur CHOE ne fut pas le seul à ramener le Daitô-ryû en Corée. Au moins cinq coréens étudièrent aussi cette école, notament sous l'égide de MATSUDA Hosaku, Kyoju Dairi (diplôme d'enseignant) depuis 1929. JANG In-mok (장인목, 張寅穆) fût l'un d'entre eux et il reçut de la part du professeur Matsuda un Shôden Mokuroku (diplôme attestant l'apprentissage des 118 techniques de l'Aiki Jûjutsu). Mais du fait de son activité de médecin traditionnel, il n'ouvrit pas de Dojang.

Date de dernière mise à jour : 02/10/2011