Le Subak dans le *Goryeosa*

(Extrait de "Subyeok chigi, maenson muye" de l'Association de Recherche sur le Subyeok Chigi et "Taekgyeon yeongu" de I Yong-Bok. Cet article s'intéressera donc à l'apparition du Subak dans le Goryeosa, les annales de la période Goryeo, couvrant ainsi l'Histoire de Corée des années 935 aux années 1392 après JC. Il est placé dans la section Histoire dans la mesure où il s'agit d'un Muye maintenant disparu et dont le contenu technique ne nous est connu que dans ses grandes lignes)

 

 

Pour commencer, il convient de replacer le Goryeosa (고려사, 高麗史, "Annales de la période Goryeo") dans son contexte. Sa compilation, débutée en 1449 (la 31ème année du règne du roi Sejong), dura deux ans et demie et a été publié en 1454 (la deuxième année du règne du roi Danjong). JEONG In-Ji (정인지, 鄭麟趾) et I Seon-Je (이선제, 李先齊) ont eu un rôle important dans cette compilation. Ces deux fonctionnaires étant des lettrés, la conséquence est que les descriptions concernant les aspects militaires restent très succincts, en tout état de cause très peu descriptifs.

Pour autant, c'est dans le Goryeosa qu'on trouve les premièrs écrits, dans une entrée en date du mois d'août 1170, du mot "Subak" (수박, 手拍).

Selon toutes vraisemblances; celui-ci est l'adoption d'un terme déjà utilisé depuis bien longtemps en Chine puisqu'on le trouve dans des textes chinois antérieurs d'un peu moins d'un miller d'années au Goryeosa, notamment dans le Shoubo Liupian (手搏六篇), un des volumes du Yiwenzhi (藝文志). L'écart entre le moment de son apparition en Chine et celui en Corée paraît étonnant et ne laisse que des questions en suspens sur ce qui se pratiquait dans la péninsule coréenne durant ce laps de temps. Pour autant, on connait l'existence durant cette période du Kkagi (까기) dans la région de Gyeongnam et sur l'île de Hwanghaedo, du Nalpareum (날파름) sur l'île de Pyeongando, du Chaepi (챕이) à Jeonju et du Jaepi (잽이) dans les régions de Gimhae et de Yangsan. Mais, bien qu'il y ait dû y avoir des échanges nombreux entre la Chine et la Corée durant les périodes précédentes, il n'existe dans aucun document écrit de trace du mot Subak. Celui-ci  deviendra pourtant, durant la période Goryeo, un terme général désignant l'ensemble des Muye à mains nues (à l'exclusion du Ssireum et autres luttes villageoises).

L'origine de cette adoption par la Corée semble tenir dans les troubles politiques qui ont secoué la Chine à cette époque. En effet, les Song, la dynastie dirigeante depuis 960 (une dynastie culturellement brillante), subirent dès 1115 l'attaque des Jurchen et finirent par se replier au Sud de la rivière Huai en 1127, laissant les territoires du Nord aux envahisseurs. En 1259, les Mongols sous la direction de Kublai Khan finirent leur entreprise d'invasion en attaquant de nouveau les Song. En 1279, la dynastie Song cède la place à la dynastie Yuan. Cette défaite amènera de nombreux Chinois, notamment des lettrés, des artistes et des artisans, à demander l'asile politique à la Corée ou au Japon, entre autres (pour la petite Histoire, les familles coréennes portant le nom Song de nos jours ont pour leur grande majorité leurs racines dans cette vague d'immigration massive, ce nom n'existant pas en Corée avant ces évènements). Ces pays bénéficièrent donc d'un apport culturel fort. Plus particulièrement, il y eut aussi certainement un apport technique militaire par des conseillers militaires chinois, ce qui expliquerait l'adoption du terme Subak par la Cours coréenne, dans le cadre d'une sinisation plus avancée de ses protocoles.

Ainsi, le terme Subak semble avoir alors recouvert l'ensemble des Muye à mains nues, mais ceux-ci étaient différents selon les régions et selon les époques, qu'ils furent militaires ou civils. Il est impossible par contre de savoir les apports des Chinois et les apports locaux. La faute en incombe autant aux lettrés qui méprisaient la chose militaire, et en faisait le moins allusion possible dans leurs écrits, qu'aux militaires qui privilégiaient l'enseignement oral (Gujeon, 구전, 口傳) aux écrits et aux manuels. Quoi qu'il en soit, on sait que le(s) Subak n'étaient pas des Muye spécialisés (la "spécialisation" interviendra plus tard, durant la période Joseon) mais des arts généralistes contenant de manière équilibrée des coups de poing (Ta, 타, 打), des coups de pieds (Cheok, 척, 踢), des saisies (Na, 나, 拿) et des projections (Sol, 솔, 摔).

Date de dernière mise à jour : 02/10/2011