Une Histoire martiale de la Corée

(Voici une ébauche d'histoire martiale de la Corée (qui sera complétée au fur et à mesure). Il me semble à ce stade nécessaire de faire ce tour d'horizon afin de mieux comprendre les racines et les évolutions des  Muye. Cette rubrique sera régulièrement étoffée)

 

 

Samguk Shidae - l'ère des Trois Royaumes (삼국 시대, 三國 時代)

de -100 à +668

L’Histoire de Corée débute selon la tradition en -2.333 avant JC, sous le règne du Roi Dangun (단군, 檀君). Peu de choses sont connues de cette période, il n’en reste pour ainsi dire que des artéfacts archéologiques et des allusions légendaires dans des textes historiques chinois et coréens. Les premières traces écrites coréennes de ces périodes remontent au Samguk Sagi (삼국 사기, 三國 事記, écrit au XIIème siècle) et au Samguk Yusa (삼국 유사, 三國 遺事,  écrit au XIIIème siècle), des compilations de légendes et d’histoire décrivant plus particulièrement la période dite des Trois Royaumes.

Ces Trois Royaumes principaux, à savoir Goguryeo, Baekje et Shilla, partageaient une langue et une culture similaires et ils ont dominé pendant près d’un millénaire la péninsule, ainsi qu’une partie de la Mandchourie actuelle. On considère que cette période a débuté au 1er siècle avant JC pour se terminer par la victoire de Shilla sur Goguryeo en 668, ce qui aboutit à la période de Shilla Unifié.

La Corée au temps des Trois Royaumes

 

1. Goguryeo (고구려, 高句麗)

Goguryeo était certainement le royaume le plus puissant et le plus étendu. Il fut créé en -37 par le Roi Jumong (주몽, 朱蒙). Après l’arrivée des Sui au pouvoir en Chine, il sera constamment attaqué par les armées chinoises jusqu’à sa chute face à l’alliance des T’ang et de Shilla en 668.

 

2. Baekje (백제,  )

Situé au Sud-ouest de la péninsule, Baekje fut créé en -18 par le Roi Onjo (온조, 溫祚, troisième fils du Roi Jumong de Goguryeo ). Il devint une puissance maritime de la Région et entretint de fortes relations commerciales et culturelles avec la Chine et le Yamato (le futur Japon ). Il disparut cependant suite à l’invasion des T’ang et de Shilla en 660. A cette époque, de nombreux aristocrates trouvèrent refuge au Japon.

  

3. Shilla (신라, 新羅)

Shilla fut créé en -52 par le Roi BAK Hyeokgeose (박 혁거세, 朴赫居世). Ce royaume, sous le règne du Roi Munmu (문무, 文武), conquit les deux autres, unifiant ainsi la péninsule coréenne en 668.

 

Tongil Shilla Shidae – l’ère Shilla Unifiée (통일 신라 시대, 統一新羅 時代)

de 668 à 935

Temple bouddhiste construit dans

la grotte artificielle de Seokgulam

(석굴암, 石窟庵, 8ème siècle après JC)

 

Après la conquête des deux autres royaumes, la péninsule fut unie sous la bannière du Roi Munmu de Shilla. Cette période dura 267 ans. La première tâche du Roi fut de se débarrasser de la tutelle des T’ang, ce qu’il parvint a accomplir en s’alliant avec ses anciens adversaires en 676.

 

Goryeo Shidae – l’ère Goryeo (고려 시대, 高麗 時代)

de 935 à 1392

 Comme le gouvernement devenait faible et perdait peu à peu le contrôle sur les seigneurs régionaux, le pays entra dans une période de guerre civile. Deux royaumes dissidents furent créés, indépendants du pouvoir central, à savoir Hugoguryeo (후고구려, Goguryeo postérieur ) et Taebong (태봉). Un dénommé Wanggeon (왕건) prit le pouvoir à Hugoguryeo, puis sur les autres royaumes en 935. Devenu Empereur, il donna le nom de Goryeo à son pays (c'est l'ère qui donnera, par déformations successives, le nom francisé « Corée »).

Après trois siècles de paix, le Royaume subit les attaques mongoles à partir de 1231. Il résista jusqu’à sa reddition en 1259. La Dynastie survécut, mais sous contrôle mongole pendant près de 80 ans. Après les avoir finalement repoussés hors de Goryŏ, une tentative d’invasion de l’actuel Liaonning ( région du Nord de la Chine) fut confiée au Général I Seong-Gye (이 성계, 李 成桂). Mais celui-ce se rebella et renversa la dynastie en 1392.

 Dans les premiers siècles de cette ère, relativement pacifique, les arts martiaux se démocratisèrent et se développèrent petit à petit dans les couches populaires. A leur contact, ils perdirent petit à petit leur aspect guerrier ( apparition probable du Taekgyeon à cette époque-là, en tant que jeu populaire ou en tant que duels amicaux) 

 

Joseon Shidae – l’ère du Matin Calme (조선 시대, 朝鮮 時代) 

de 1392 à 1910

 Les Lutteurs 

KIM Hong-Do (1745-1806)

 

L’ère Joseon fut la dernière et la plus longue des dynasties royales de Corée. Fondée par le Général I Seong-Gye, qui devint le Roi Taejo (태조, 太祖), en 1392, elle se terminera par l’occupation japonaise en 1910. Le pays subit deux tentatives d’invasion des Japonais en 1592 et en 1597, dirigées par le Shôgun ( généralissime) TOYOTOMI Hideyoshi. Lâché par les Ming de Chine, la Corée y fit face avec difficulté, du fait de l’impréparation et de la faiblesse de son armée. Mais, grâce à des résistances locales ( dont celles menées par des moines bouddhistes) et aux victoires navales des bateaux-tortues du célèbre Amiral I Sun-Shin (이 순신, 李舜臣) qui permirent de contrôler totalement les routes d’approvisionnement japonaises, elle finit tout de même par repousser ces tentatives d’invasion. La Corée n’en devint que plus isolationniste, méritant ainsi son surnom de Royaume Ermite.

Le déclin s’opéra lors de la signature du Traité de Shimonoseki en 1894, suite à la victoire du Japon contre la Chine, traité imposant aux Coréens un protectorat nippon de la péninsule et la soumission de la famille royale à l’occupant. Le pays fut finalement annexé au Japon en 1910.

 

Ilje Gangjeomgi - la période d’Occupation Impériale Nippone (일제 강점기, 日帝 强占期)

de 1910 à 1945

En août 1910, le Japon annexa la Corée et s’employa à faire disparaître toute trace de la culture coréenne, en éliminant petit à petit l’aristocratie coréenne (physiquement s'entend) et en imposant, par exemple, l’apprentissage exclusif de la langue japonaise à l’école. En réaction, une déclaration d’indépendance fut lue en mars 1919 à Seo’ul  devant une foule de 2 millions de personnes mais cette manifestation fut réprimée dans le sang. Dès 1941, de nombreux Coréens mâles furent enrôlés dans les troupes nippones dans l’effort de guerre contre les Américains ( notamment dans les fameux corps des  Tokkotai, dits aussi Kamikaze, les bombardiers suicides).

Cette période se termine au moment de la capitulation du Japon en août 1945, après sa défaite contre les alliés russo-américains.

Durant cette période sombre pour la culture coréenne, la répression des arts martiaux coréens fut tout aussi intensive que pour les autres aspects de sa culture. Nombre d’écoles disparurent, du fait que, faute d’élève, de nombreux Maîtres ne purent transmettre leurs connaissances avant leur mort (naturelle ou pas ) ; d’autres écoles ne durent leur survie que dans une pratique clandestine, avec tous les dangers que cela représentait. A contrario, dans leur effort pour imposer leur propre culture, les Japonais ouvrirent nombre de Dôjô (Dojang ) de Jûdô, de Karatedô et de Kendô ( mais par contre, il n'y eut pas, ou alors de manière confidentielle, de dôjô d'écoles traditionnelles nippones (Bujutsu), presque uniquement des écoles modernes(Budô)), émanations du Butokukai, ce qui aura de fortes conséquences sur l’évolution des arts martiaux coréens d’après-Guerre.

 

La Corée Divisée

de 1945 à nos jours

 

Massacre en Corée (1951)

Pablo PICASSO (1881-1973)

 

En 1945, à la capitulation du Japon, la Corée fut divisée en deux au niveau du 38ème parallèle, la partie du Sud occupée par les troupes américaines et la partie Nord par les troupes d'URSS. Avec la rivalité Russo-américaine grandissante, aucune solution afin de réunir les deux parties ne fut trouvée, ce qui, du fait de la guerre d'influence que se livraient les deux blocs, conduisit inévitablement à la guerre de Corée (1950-1953). Il est à noter qu'à ce jour, aucun traité de paix n'a été signé entre le Nord et le Sud, ce qui fait que la Corée reste officiellement un pays en guerre. 

On constate après le départ des Japonais une forte volonté des Coréens de redécouvrir leurs racines culturelles. Au niveau des arts martiaux, rejetant en bloc ce qui avait été apporté par les envahisseurs mais ayant d’un autre côté perdu beaucoup de leurs propres Muye, une synthèse avec les écoles japonaises ( et, en partie, aussi chinoises) finit par s’opérer. Notamment pour le Taegwondo, ses racines plongent profondément dans le Shotokan Karatedô de FUNAKOSHI Gichin, malgré des réminiscences revendiquées de Taekkyeon et malgré une propagande des instances officielles visant à cacher les apports du pays voisin haï. Il en est de même pour de nombreuses autres écoles ( Hapgido, Tangsudo, Subakdo moderne de HWANG Gi, ... ).

Date de dernière mise à jour : 02/10/2011

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